lundi 6 avril 2009

Öga (inspiré d'Otto Dix)



À l'orée de l'atmosphère.

Évacué du rêve par une alarme, il (ou je) cherchait la sortie comme une ver sa soie. Un gros bouton envahissait le milieu de son front et - bien plus tard - l'infection se transmettrait jusqu'à sa moustache, sa gorge, ses muscles. Sa vision lui comprimait les tempes mais il ne s'en souciait plus. Mais il avait cessé de compter. Dans ce champs, on ne trouvait plus que des amas de corps inconscients. Rêveurs jusqu'au dernier souffle. Le dernier coup d'œil, il l'avait donné depuis longtemps; il ne regardait plus. La peur l'enveloppait comme le châle d'une amante possessive. Ses pas le tenaillaient.

Quand il arriva au cabaret des six faucilles, la musique y était reine. Un esprit ingénieux avait attaché tous les corps à des cordes qui serpentaient jusqu'au lustre. Ce lustre qui, sous la poussée mécanique d'un système de poulies, tournait lentement, animant ainsi les rêveurs de mouvements vivants. L'homme ne regarda pas et alla s'asseoir au bar. On lui servit une bière et un bol de dents cariées au chocolat.

Au deuxième étage, une salle avait été plongée dans le noir et une nation de lucioles s'y animait. Une petite table où un service de thé bien chaud avait été oubliée au centre de la salle et deux cadres vides y siégeaient. On y parlait de paix universelle et du pourrissement de l'humanisme contemporain. Un peu plus tôt, les rires s'étaient déversés sur la barbichette de Freud. Les lucioles avaient psalmodié une vieille chanson autrichienne.
D.

mardi 3 février 2009

12; Thèmes pour une pièce


Duel où se. Déchirer l’hémisphère

Deux un à l’autre qui se possède comme un miroir

ou porter l’hors-monde dans une ère de tant qu’à y être

autant mieux douter de l’autre et de sa soie de soi

comme ce soir où ils s’étaient entre-déchiré jusqu’à en aimer
la matière grise par addiction à la diction ou peur de

ne pas organiser le chaos blanc par le noir yin et

l’unité des uns fait l’honneur des autres et l’autre avec

sa dague d’avoir à être quelqu’un ou quelque chose comme

l’animal des forêts le sang répandu sur l’écorce des

cyprès cérébraux de proximité cosmique en cycle

de cloche sourde à l’emploi de l’inutile

Et la dualité n’est pas mais bien une ombre.

samedi 27 décembre 2008

11; Automates

Écriture automatique composée ce 23 décembre, au Camellia Sinensis, très sympathique salon de thé, avec Ariane Gélinas.

Non.

L'aube s'éteignait dans les lueurs fourbes. La ligne longiligne qui dévore la voie. Le fou s'entrechoquait sur les murs en claquant des dents. Les sbires simplifiaient la défiance. Il était une fois quelqu'un qui n'avait pas vécu. La fleur était un mensonge, mais elle l'ignorait. Et ses lamentations n'en finissaient plus de mourir sur le sable chaud. Et le sexe dru de l'homme remercié. Le vent balaya la mer d'ambres de son visage niché entre ses cuisses dans un soupir. Vivement, l'étrangler en marbre d'obole. Il suffit de ne rien dire et de porter le masque d'arlequin. Tourner le vice pour en faire poindre la lumière. Les déguisements du ballet interdit sont toujours trop lourds et les danseurs s'empêtrent dans leurs voiles lorsqu'il pleut. Pourquoi l'ignorer quand on peut s'y envenimer ? Avant les sourires du serpent étaient moins fauves et les faussetés plus corrosives. Accroché, le bol de morphine inonda l'étal de nos siècles. Dis-moi Dédale, qui as-tu étranglé avec mon fil ? Peut-être, mais ce peuple d'oeils ne l'avait jamais terminé. Dans la seringue plantée au creux de l'autre, le poison filtre goutte à goutte, sans discontinuer. C'était la cuisse d'Hadès et les songes de l'homme qui (enfin) se rencontraient en un même lieu. Les souvenirs s'idéalisent avec la distance et les mains tremblent devant le mythe. L'effacement était ce réflexe qui à travers la pluie, nous avait. La fleur de lotus a fermé ses pétales froids comme la lune. Les points m'étreignaient et, sans s'annoncer, le Moi se déclarait. Le désir ne survit pas à la marée vive. Or, moi, tu et il étions perdus au-delà du silence; de la neige. Oui.

jeudi 4 décembre 2008

10.1; Officielle


Bon. Un projet qui naît, pour ensuite disparaître. Essai. Mais un projet qui me plaît, comme une idée à développer. Qui sera développée. Voilà. Avec une nouvelle équipe, sans doute. De nouveaux noms. Mais le même drap, la même peau. Mots à mots. Avec un même directeur, sans doute.

L'idée me semble essentielle et l'éditoraille grince d'elle-même sous ses inondations de sens. Naissance d'absurde, pour mieux s'anéantir. Du néant au soleil, donc. Histoire de changer, je me fais prophète de sa renaissance. À moins d'une fosse prophétie, mais pour l'instant, je n'y crois pas.

Vers les vertiges de l'en-dessous.

Mais le Temps est encore à venir.
D. B. Lachance

Post-Scriptum : l.asile.com@gmail.com

samedi 15 novembre 2008

10; Éditoraille de l'Asile

Parce que nous croyons en la réalité, mais doutons de ses capacités lorsque cramponnée dans la matière. Parce que sans Imagination, il n’y a rien. Parce que nous croyons en la science, même fictive. Parce que le Fantastique est riche en divertissement, mais si vide lorsque satellite d’une absence de conscience philosophique. Parce que l’anticipation, avant toute forme de contestation, est essentielle à la compréhension. Parce que nous savons que depuis trop longtemps, on a oublié l’énorme potentiel de l’Inconscient. Parce que la pureté de la pensée n’est possible que par l’abstraction de l’irréel. Parce que les surréalistes avaient raison. Parce que depuis trop longtemps, on a oublié ce lieu, encore vaste et inexploré, qu’on nomme le Surréel. Parce qu’à la stérilité de la matière moderne, il nous faut – pour résister - encore brandir le fertile ciel de la fantasmagorie.

...

mardi 30 septembre 2008

9; Soliloque




Écrit dans le cadre d'un cours


Tout le monde s’insonorise entre les enlisements d’une écriture/rature/lecture. Ils marchent avec leurs pas sourds et leurs yeux, aveugles de vérités, voient ce qu’il y a. Ce sont des moments qui font écho et qui, portés par le vent, s’infiltrent sous le voile de la personnalité. Persona, donc masque ou sur-moi.


Moi seul, je ne suis pas. Pourquoi ? Parce qu’il faut bien des miroirs à qui parler. Et j’ai laissé un long blanc de silence sur ma page. Il ne miroite rien et, en fait, n’est pas vraiment là.


Tout le monde est personne. Et si j’étais personne, serais-je tout le monde ? À partir de là, tout le monde pourrait être moi; est-ce que je serais seul ? Mais, de toute façon, je ne peux. Cet homme, là-bas, ne peut se comprendre et je suis comme lui. Je suis seul avec moi.


Moi seul, je ne peux comprendre. Mais nous, nous avons les lois et, ailleurs, nous pouvons nous pendre ou nous noyer. Mais, ceci dit, nous ne nounoyons pas. Et, surtout, nous pouvons dépendre. Parce qu’il faut sauvegarder la race. Parce que nous aimons dépendre.


Tout le monde dépend d’un tout qu’on aurait habilement fragmenté à coup de hochet (histoire de faire sa place dans le GRAND monde). Et, ne l’oublions pas, monde rime avec immonde. Mais en fait, nous sommes des enfants. Mais en fait, il n’y a que nos faits qui sont adultes.


Moi seul, je peux être. Je peux être Dieu et je peux ne pas exister. Mais j’ai toujours aimé l’idée d’un Dieu athée. Et, même, parfois j’aime me dire athée. Le secret, c’est que je veux croire en l’athéisme pour ne pas avoir à espérer.


C’est banal, mais j’ai toujours aimé le nom de Jean Personne.

Mais il n’existe pas et il est loin d’être moi. Mais peut-être pas.

jeudi 3 juillet 2008

8; COMPAQ

Écrire parce qu'il le faut. Parce qu'il n'y a pas de réelles solutions ou de réels problèmes. Parce qu'écrire est une forme de déformation. Parce qu'il n'y a pas de négation et encore moins d'affirmations ou de qualités. Parce que c'est un gaglimatias de vies, de maladies et de morts. Parce qu'une photo de mots charme. Parce que lire est inutile et, à long terme, mauvais pour la santé. Parce que multiplier divise. Parce qu'aspirer inspire. Parce que le suicide n'est qu'une affirmation et qu'il n'existe plus. Ou pas encore. Par ce mot, la langue se tranche et le pas s'emboite. Parce que l'acte n'a pas de résonnance, même dans un livre. Parce que l'acte est une résonnance. Parce que c'est loin d'être original. Parce qu'on peut partir, très loin, sans se retourner. Parce que les mots sont de cire devant une passion. Parce que les explications sont obsolètes. Parce qu'expliquer, c'est tuer. Parce que le ciel est un désert de nuages. Parce que le poids des feuilles peut égaler au poids d'un homme. Parce que la main est malhabile. Par nervosité. Parce que la publication retire le temps. Parce que le temps n'est qu'une balle tirée. Parce que s'y consacrer, c'est se concasser. Parce qu'il n'y a que des cassures. Parce qu'il n'y a que l'imprécision. Parce qu'on peut étouffer d'un texte trop compressé. Parce que ce n'est pas en vivant qu'on apprend à mourir. Par instinct de survie et d'instinction.

Parce qu'on peut respirer dans une marge. Parce les phrases, de nos jours, ne sont que des phases. Parce que même la société peut effacer une virgule. Parce que le sucre se répand sur la table et qu'on s'en mouille le doigt. Parce que le Cafard peut être un ami. Parce que les mots manquent et qu'il faut les chercher. Écrire parce qu'il n'y a pas de justifications valables. Parce qu'il n'y a rien. Parce que le coeur est un voeu. Parce que les fées mordent. Parce que, pendant un court instant, une biscotte peut être surréelle. Parce que le réel est vide. Parce que la science n'est que fiction. Parce que le tout s'achemine vers le tout. Parce que je ne sais pas. Parce que la Politique mange la vie.